2026 : Rémanence, Galerie Faidherbe, Paris
La Galerie Faidherbe présente Rémanence, une exposition personnelle de Léa Valentin, artiste née en 1992, vivant entre Paris et le Vaucluse.
Révélée en 2025 lors de sa première exposition personnelle à la Galerie du Haut-Pavé, Léa Valentin développe depuis plus de dix ans une pratique exigeante et cohérente, articulée autour de la matière, de la couleur, de la forme et de la lumière.
Formée à l’Université d’arts plastiques Paris 1 Panthéon-Sorbonne, titulaire d’une licence d’arts plastiques et d’un master de recherche en art de l’image et du vivant, l’artiste inscrit son parcours entre création, transmission et collaboration interdisciplinaire. Elle a notamment enseigné la céramique et les arts plastiques et travaillé en collaboration avec une chorégraphe.
L’exposition Rémanence réunit plus d’une quinzaine d’œuvres organisées en deux séries distinctes. La série des Persistances se compose d’une dizaine de peintures de petit format (28 x 25 cm) présentées seules ou en diptyque et triptyque. Réalisées à l’acrylique et au graphite, elles associent des champs de rouge cadmium – du plus clair au plus profond – parfois rehaussés de noir, à un geste vertical gris, mat ou brillant, tracé au graphite. Une seconde série Les Percées, plus longiligne, présente trois panneaux verticaux de grand format (146 x 4 3 cm), ainsi qu’un triptyque intitulé Geste vertical, trois temps (trois panneaux de 92 x 25 c m chacun). Ici, l’acrylique grise et le graphite, produisent des surfaces sombres, subtilement réfléchissantes, où la lumière accroche, glisse et se transforme. Le tableau devient presque miroir, sans jamais livrer une image stable. A mesure que le spectateur se déplace, les œuvres se modifient : la lumière révèle des textures, fait vibrer les nuances, multiplie les états de surface. L’espace pictural devient un champ perceptif instable, où le visible se prolonge dans la sensation. La scénographie, volontairement épurée, laisse place à cette expérience.
Le titre Rémanence évoque la persistance de la sensation après la disparition du stimulus. Chez Léa Valentin, cette persistance est visuelle, physique, presque corporelle, évoquant malgré une écriture plastique radicalement épurée, certaines dimensions de l’art cinétique.
Isabelle et Pierre Darras, Galerie Faidherbe, Paris.
2025 : Léa Valentin vous invite…, Galerie du Haut-Pavé, Paris
Léa Valentin vous invite …
Avec ce titre, Léa Valentin vous invite à lever les points de suspension pour être pleinement actrice et acteur d’une rencontre artistique en plusieurs temps. Elle affirme ainsi sa volonté d’accueillir, de partager ses œuvres, et de créer des situations de perception sensible propices à l’exploration spatiale et temporelle intrinsèque à son travail.
Le premier temps de l’invitation est bien sûr celui du vernissage de l’exposition, celui de la rencontre avec Léa Valentin et les œuvres conçues et réalisées dans son atelier du Vaucluse et in situ, choisies puis installées dans l’espace de la galerie. À ce moment de convivialité et de découverte, l’artiste est un hôte qui accueille le public et recueille des perceptions initiales sensibles, des connaissances, des interrogations et des émotions que suscite son expression plastique.
D’emblée, les œuvres accueillent aussi, elles s’ouvrent à l’altérité des corps et prolongent l’intention de Léa Valentin. Elles réussissent ce lien ténu et primordial de la rencontre artistique avec une pièce, avec soi et avec l’autre. Les œuvres se révèlent dans une relation intime et nécessaire qu’il appartient au regardeur d’activer. Cette relation ne s’impose pas, elle se désire et se déploie à la mesure d’une volonté d’intimité et d’un rythme personnel.
L’artiste initie les conditions de la relation par la création. Dessin d’angle est certainement l’œuvre la plus significative de son invitation. Léa Valentin choisit un espace de la galerie qu’elle recouvre de graphite à l’échelle de son corps. Dans un geste ample et répété, elle va jusqu’à épuiser son énergie et l’outil, jusqu’à transfigurer le mur et ses accidents, et jusqu’à engendrer un autre lieu par ce simple recouvrement. De cet angle noir émane alors une tentation à transgresser les mises à distance de celles qui protègent généralement les œuvres. Elle invite à s’approcher, à vivre l’attraction du noir irisé, celle de l’énergie palpable et des états de corps de l’artiste imprimés dans le dessin, en toute intimité.
Rien n’est laissé au hasard dans les dessins, quelle que soit leur taille : ni le geste jamais totalement vertical dont la trace oriente le regard et tout le corps, ni l’attention à la lumière révélant au fil de la journée les infinies nuances du graphite variant du noir aux couleurs de l’arc-en-ciel. L’artiste vous invite au fil de l’exposition et du temps à éveiller l’œil avec patience, à être disponible aux formes, aux matières et aux volumes changeants, à aller vers l’œuvre sans frontalité, à dépasser le seuil du voir pour ajouter la perception haptique à la vue. Fort de cette approche active et multisensorielle, le regardeur peut expérimenter la musicalité et le rythme immanents des œuvres. Elles conservent la trace des gestes sans retour possible et de l’énergie maîtrisée de l’artiste. La série Orange témoigne de cet accomplissement enrichi par un dispositif de présentation des cinq panneaux, savamment espacés de trente centimètres, qui accentue la sensation de mouvement d’une tache de couleur et de palpitation alternant respirations et silences.
Les œuvres de Léa Valentin transgressent les genres du dessin, de la peinture, de la sculpture, voire de l’architecture. Geste Pluie et Geste Vertical se conjuguent en installation généreuse modulable, de respectivement vingt-huit et huit panneaux, ou bien s’apprécient à l’unité d’une toile de vingt-cinq par vingt-huit centimètres. Explorations spatiales et temporelles sont trois propositions de dessin – sculpture réalisées sur des panneaux de bois stratifié haute pression généralement utilisés dans l’architecture pour les façades. Conçues comme des livres ouverts en trois dimensions où le regard se perd avec jouissance dans une exploration à l’infini, elles sont aussi pour l’autrice des maquettes pour de futurs projets à l’échelle un.
L’artiste affirme que son travail est un art de la relation : Léa Valentin vous invite à augmenter la réalité de la rencontre artistique par l’expansion des mouvements, du temps et de l’âme.
Nathalie Filser, directrice générale de l’école supérieure d’art de Lorraine.